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janvier 22, 2020

Le père et les fils perdus

 [The Father and the Lost Sons]

 Peter Amsterdam

Un homme avait deux fils. Le plus jeune lui dit : « Mon père, donne-moi ma part d’héritage, celle qui doit me revenir un jour. » Et le père fit le partage de ses biens entre ses fils. Quelques jours plus tard, le cadet vendit tout ce qu’il avait reçu et s’en alla dans un pays lointain.[1]

 

Cette exigence extraordinaire du fils cadet n’aurait pas manqué de choquer et de scandaliser les auditeurs de l’époque. Le fils demandait à recevoir la part de l’héritage qu’il recevrait normalement à la mort de son père, alors que celui-ci était encore en vie et en bonne santé. Ce faisant, il coupait ni plus ni moins les ponts avec son père. Les auditeurs se seraient probablement attendus à ce que Jésus leur dise ensuite que le père était entré dans une grande colère et qu’il avait corrigé son fils.

 

Au lieu de cela, le père donne son accord et partage la propriété entre ses deux fils. Le fils cadet avait l’intention de vendre son héritage pour se procurer des espèces sonnantes et trébuchantes ; ce faisant, il ne se souciait guère de l’avenir de son père et le privait d’une partie des fruits de la terre qui lui revenait de droit durant sa vieillesse.

 

Le frère aîné, qui avait lui aussi reçu sa part de l’héritage en même temps, possédait désormais le reste des terres, mais pas le contrôle de celles-ci. Au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, il devient clair que le père était toujours le chef de famille et le maître de l’exploitation. En effet, un peu plus loin dans la parabole, il dit au fils aîné : « Tous mes biens sont à toi », puisqu’à la mort du père, le fils aîné posséderait et contrôlerait toute la propriété.

Les mésaventures du fils cadet

Ensuite Jésus nous raconte ce qui arriva au fils cadet :

 

Le cadet vendit tout ce qu’il avait reçu et s’en alla dans un pays lointain. Là, il gaspilla sa fortune en menant grande vie. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays-là et il commença à manquer du nécessaire.[2]

 

Ayant quitté la maison de son père, le fils cadet mena une vie que l’on peut qualifier de débauche et dissolue, ce qui lui fit perdre de tout ce qu’il avait. Après qu’il eut dépensé jusqu’à son dernier sou, une famine se déclara dans le pays où il se trouvait. En période de famine, il était très difficile de trouver du travail.

 

Alors il alla se faire embaucher par l’un des propriétaires de la contrée. Celui-ci l’envoya dans les champs garder les porcs. Le jeune homme aurait bien voulu apaiser sa faim avec les caroubes que mangeaient les bêtes, mais personne ne lui en donnait.[3]

 

Les auditeurs de Jésus auraient compris qu’en prenant un travail de porcher, il était tombé au plus bas. Les porcs étaient considérés comme impurs par la loi mosaïque, et des écrits juifs ultérieurs affirmaient que quiconque élevait des porcs était maudit. Comme si cela ne suffisait pas, il était affamé et aurait été content de manger la nourriture de ces porcs. C’est à ce moment-là qu’il « se mit à réfléchir. »

 

Alors, il se mit à réfléchir sur lui-même et se dit : « Tous les ouvriers de mon père peuvent manger autant qu’ils veulent, alors que moi, je suis ici à mourir de faim ! Je vais me mettre en route, j’irai trouver mon père et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi. Je ne mérite plus d’être considéré comme ton fils. Accepte-moi comme l’un de tes ouvriers. »[4]

 

Le fils revint à la raison et décida de retourner auprès de son père, et d’admettre ses torts et de confesser son péché. Se rappelant que les « ouvriers de son père » mangeaient à leur faim, il avait l’intention de demander à son père de le traiter comme un de ses employés. En tant que tel, il n’aurait plus le statut de fils. Le discours que le fils avait l’intention de prononcer devant son père comprenait un aveu de culpabilité : « J’ai péché », une admission d’avoir détruit sa relation avec son père : « Je ne mérite plus d’être considéré comme ton fils... », et une proposition de solution : « Accepte-moi comme l’un de tes ouvriers. ».

Le retour à la maison

Il se mit donc en route pour se rendre chez son père. Comme il se trouvait encore à une bonne distance de la maison, son père l’aperçut et fut pris d’une profonde pitié pour lui. Il courut à la rencontre de son fils, se jeta à son cou et l’embrassa longuement. Le fils lui dit : « Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi, je ne mérite plus d’être considéré comme ton fils. »[5]

Le fils avait couvert son père de honte devant tout le village. Ce ne serait que justice si le père laissait son fils venir à lui et traverser le village sous les regards désapprobateurs de la communauté. Mais non, le père, plein de compassion, court vers lui, ce qu’un homme respectable et d’un certain âge ne faisait jamais en public. Pour ce faire, il aurait sans doute dû remonter sa robe et exposer ses jambes, ce que la culture de l’époque considérait comme honteux. La première réaction du père est de prendre son fils dans ses bras et de l’embrasser, avant même d’écouter ce qu’il a à dire.

 

Le fils lui dit : « Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi, je ne mérite plus d’être considéré comme ton fils... » Mais le père dit à ses serviteurs : « Allez vite chercher un habit, le meilleur que vous trouverez, et mettez-le-lui ; passez-lui une bague au doigt et chaussez-le de sandales. »[6]

 

Le fils commence le discours qu’il a préparé, mais le père ne le laisse pas terminer. Quand le père l’entend dire qu’il n’est pas digne d’être appelé son fils, il n’a pas besoin d’en entendre davantage. Il ordonne à ses serviteurs de revêtir le fils des plus beaux habits, de lui passer une bague au doigt et de lui mettre des sandales aux pieds. Par ces actes, le père indique à tous qu’il s’est réconcilié avec son fils.

En plus de transmettre un message aux serviteurs et à la communauté, il adresse un message clair à son fils. Ce message est qu’il est pardonné. L’accueil chaleureux du père était un acte de grâce imméritée. C’était le pardon. Rien de ce que le fils pourrait faire ne compenserait ses actes passés. Le père ne voulait pas récupérer l’argent perdu ; il voulait récupérer son fils qu’il avait perdu.

« Amenez le veau que nous avons engraissé et tuez-le. Nous allons faire un grand festin et nous réjouir. »[7] Le fait de préparer un animal aussi gros pour un festin indiquait que la plupart des habitants du village, sinon la totalité, seraient probablement invités à la fête. En guise d’explication, le père s’exclama joyeusement : « Car voici, mon fils était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et je l’ai retrouvé. » Et ils commencèrent à festoyer dans la joie. »[8]

Le fils aîné

Pendant ce temps, le fils aîné travaillait aux champs. Sur le chemin du retour, quand il arriva près de la maison, il entendit de la musique et des danses. Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. Le garçon lui répondit : « C’est ton frère qui est de retour. Ton père a tué le veau gras en son honneur parce qu’il l’a retrouvé sain et sauf. » Alors le fils aîné se mit en colère et refusa de franchir le seuil de la maison.[9]

À la fin de sa journée de travail, le fils aîné rentra des champs alors que les festivités avaient déjà commencé. Lorsqu’il apprit la raison de la fête et que son père avait accueilli son frère cadet à la maison, il entra dans une violente colère. Lors d’une telle fête, la coutume voulait que le fils aîné se déplace parmi les invités, dans le cadre de ses responsabilités d’hôte avec son père. Mais le frère aîné rompt avec le protocole et refuse publiquement d’entrer dans la maison pour se joindre aux festivités, et il va même jusqu’à se disputer avec son père en public.

Son père sortit et l’invita à entrer. Mais lui répondit : « Cela fait tant et tant d’années que je suis à ton service ; jamais je n’ai désobéi à tes ordres. Et pas une seule fois tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais quand celui-là revient, ‘ton fils’ qui a mangé ta fortune avec des prostituées, pour lui, tu tues le veau gras ! »[10]

Au risque d’être humilié et de se couvrir de honte devant ses invités, le père quitte la fête pour aller supplier son fils de se joindre aux festivités. La réponse du fils est pleine d’insolence, d’amertume et de ressentiment, et elle est révélatrice de la façon dont il voit sa relation avec son père.

 

Comment le père réagit-il ? Exactement comme il l’a fait avec son autre fils perdu : avec amour, bienveillance et miséricorde. Il dit :

« Mon enfant, tu es constamment avec moi, et tous mes biens sont à toi. »[11]

Comme le cadet, son fils aîné a avec lui une relation brisée, et le Père veut la réparer. Les deux fils ont besoin de se réconcilier et de restaurer leur relation avec leur père. Et tous deux reçoivent du père le même amour empreint d’humilité.

 

La dernière déclaration du père exprime sa joie de savoir que le fils cadet, qui était perdu, est maintenant retrouvé : « Mais il fallait bien faire une fête et nous réjouir, puisque ton frère que voici était mort et qu’il est revenu à la vie, puisqu’il était perdu et voici qu’il est retrouvé. »[12] La parabole laisse le soin à l’auditeur d’imaginer si le frère aîné, qui était lui aussi perdu, sera retrouvé et restauré, car elle ne nous dit pas quelle est sa réponse.

           

Cette parabole nous dit quelque chose de magnifique sur Dieu, notre Père. Il est plein de compassion, de grâce, d’amour et de miséricorde. Comme le père de l’histoire, Il nous laisse prendre nos propres décisions, et Il nous aime, quelles que soient ces décisions et peu importe où elles nous mèneront. Il voudrait que tous ceux qui se sont égarés, qui sont perdus, et qui ont une relation brisée avec Lui, rentrent à la maison. Il les attend et les accueillera à bras ouverts pour célébrer leur retour dans la joie.

 

Dieu se conduit de la même manière envers chaque être humain. Il nous aime et désire profondément avoir une relation sans tache avec chacun de nous. Il va chercher les perdus et se réjouit grandement lorsqu’ils rentrent à la maison. Il les accueille à bras ouverts, peu importe qui ils sont ou ce qu’ils ont fait. Il leur pardonne, Il les aime, Il les accueille. Comme le dit le vieil hymne : « Revenez, rentrez à la maison … vous qui êtes fatigués, rentrez à la maison ! »

 

Le Père aime profondément chaque être humain. Jésus a donné sa vie pour chacun de nous. Nous sommes appelés à partager cette nouvelle avec les autres. Et pour ce faire, nous devons, comme Jésus, aller les chercher, faire l’effort de les atteindre, et leur dire que Dieu les aime et qu’Il veut avoir une relation intime avec eux. Dieu est généreux, plein d’amour et de miséricorde. Il aime chaque personne et Il nous a appelés à être ses représentants, à suivre l’exemple de Jésus, à faire preuve d’un amour inconditionnel, à aimer les mal-aimés et à chercher ceux qui sont perdus pour les rétablir, et à nous réjouir et célébrer le retour de ceux qui étaient perdus et qui ont été retrouvés.

 

Première publication, janvier 2015. Extraits réédités le 20 janvier 2020. Traduit de l’original par Bruno Corticelli.
Lu par Marcel Minéo. Musique de Jonathan Helper

 

 

 



[1] Luc 15.11–13. Tous les versets cités sont tirés de la Bible du Semeur.

[2] Luc 15.13–14.

[3] Luc 15.15–16.

[4] Luc 15.17–19.

[5] Luc 15.20–21.

[6] Luc 15.21–22.

[7] Luc 15.23.

[8] Luc 15.24.

[9] Luc 15.25–28.

[10] Luc 15.28–30.

[11] Luc 15.31.

[12] Luc 15.32.