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juillet 19, 2022

Jean-Baptiste et Jésus

 [John the Baptist and Jesus]

 Peter Amsterdam

Dès le début de l’Évangile de Luc, nous prenons connaissance des événements entourant la naissance de Jean le Baptiste, notamment la proclamation de l’ange Gabriel et la prophétie de Zacharie, le père de Jean. La seule chose que nous savons de la jeunesse de Jean, c’est que « le petit enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Plus tard, il vécut dans des lieux déserts jusqu’au jour où il se manifesta publiquement au peuple d’Israël. »[1] Il réapparaît quelques trente ans plus tard dans les Évangiles au moment où Luc nous dit que « La Parole de Dieu se fit alors entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. »[2]

Le fait que la Parole de Dieu ait été adressée à Jean est significatif ; en effet, après les trois derniers prophètes juifs, – Zacharie, Aggée et Malachie – il n’y eut pas d’autre prophète pour s’adresser à la nation d’Israël. Après 400 ans de silence, Dieu recommença à parler à la nation. Les gens étaient enthousiasmés, comme en témoignent les foules qui venaient écouter Jean.

On nous dit que « Jean parut. Il baptisait dans le désert. En effet, il appelait les gens à se faire baptiser pour indiquer qu’ils changeaient de vie, afin de recevoir le pardon de leurs péchés. Tous les habitants de la Judée et de Jérusalem se rendaient auprès de lui. Ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. »[3] « Jean se mit à parcourir toute la région du Jourdain. Il appelait les gens à se faire baptiser pour indiquer qu’ils changeaient de vie afin de recevoir le pardon de leurs péchés. »[4]

Jean, appelé « le Baptiste » dans les Évangiles, exerçait son ministère aux alentours du Jourdain. Des foules nombreuses venaient écouter Jean prêcher et se faire baptiser par lui. Le récit de Matthieu précisant qu’on venait à lui de Jérusalem, de la Judée entière et de toutes les contrées riveraines du Jourdain nous révèle que Jean était devenu célèbre, à tel point que de nombreux scribes et pharisiens venaient l’écouter.[5] Une délégation de prêtres et de Lévites vint même de Jérusalem pour essayer de savoir qui il était.[6]

Jean n’attirait pas seulement les foules, il avait un nombre considérable de disciples qui écoutaient son enseignement et suivaient ses pratiques. L’Évangile de Jean nous apprend que certains des premiers disciples de Jésus étaient, au départ, des disciples de Jean.[7] Le livre des Actes des apôtres nous dit que Jean avait encore de nombreux adeptes, des années après sa mort.[8]

Les Évangiles nous rapportent que Jésus disait que Jean était « cet Elie qui devait venir », qu’il était aussi bien plus qu’un prophète et que, de tous les hommes qui étaient nés d’une femme, il n’y en avait pas de plus grand que Jean.[9] Jean a eu indubitablement une grande influence, cela vaut donc la peine d’examiner sa vie d’un peu plus près. Qui était-il exactement, et quel rôle a-t-il joué par rapport à Jésus ?

Nous savons, d’après les récits des naissances de Jésus et de Jean, que Jean était le fils de Zacharie, lequel était lui-même un prêtre, ce qui veut dire que Jean aurait eu le droit de devenir prêtre, lui aussi. Toutefois, avant même qu’il naisse, Dieu l’appela à suivre une autre voie et, au lieu d’assumer les responsabilités de la prêtrise à Jérusalem, il partit dans le désert.

Jean prêchait énergiquement le baptême de la repentance pour le pardon des péchés et il baptisait tous ceux qui décidaient de se repentir. Son baptême était le symbole de leur allégeance ou de leur allégeance renouvelée au dessein de Dieu ; c’était le symbole de leur engagement à vivre et se comporter d’une manière montrant clairement qu’ils étaient d’authentiques enfants d’Abraham. Son message était que le fait d’être juif, d’être un enfant d’Abraham, ne suffisait pas – il fallait se repentir de ses péchés. Il disait : « Produisez donc des fruits dignes de la repentance, et ne vous mettez pas à dire en vous–mêmes : Nous avons Abraham pour père. Car je vous déclare que de ces pierres, Dieu peut susciter des enfants à Abraham. »[10]

Jean souligne l’urgence de la repentance lorsqu’il dit : « Attention ! La hache est sur le point d’attaquer les arbres à la racine : tout arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. »[11] 

Les foules demandèrent à Jean : « Que devons–nous faire » Sur quoi il leur répondit : « Si quelqu’un a deux chemises, qu’il en donne une à celui qui n’en a pas. Si quelqu’un a de quoi manger, qu’il partage avec celui qui n’a rien. »[12] La réponse de Jean indiquait clairement à ceux qui l’écoutaient que la vraie repentance exigeait d’eux qu’ils ne se contentent pas d’accomplir des rituels ou d’offrir des sacrifices. Cela voulait dire qu’ils devaient se comporter d’une manière qui plaise à Dieu dans la vie de tous les jours.

Après la réponse de Jean à la foule, le champ d’action du récit se déplace lorsque Luc nous raconte que les collecteurs d’impôts et les soldats demandent à Jean ce qu’ils devraient faire. Les collecteurs de taxes et d’impôts avaient la réputation d’exploiter à leur avantage le système de perception de l’impôt, en exigeant des sommes bien supérieures à ce qui leur était dû. Généralement, ils étaient détestés par la population qui les considérait comme des collaborateurs de l’occupant romain. La réponse de Jean est que les « fruits dignes de la repentance » devraient se manifester dans leur vie quotidienne en n’exigeant pas plus d’impôts qu’ils n’étaient autorisés à percevoir. Sa réponse aux soldats est similaire : « N’extorquez d’argent à personne et ne dénoncez personne à tort : contentez–vous de votre solde. »[13]  

Ces exemples mettent en évidence le retentissement de la prédication de Jean, pas seulement sur la population en général, mais aussi sur des gens qui étaient en marge de la société juive.

Jean complétait sa prédication par un baptême. Le mot grec baptizo traduit par baptiser signifie « immerger, submerger ». À l’époque, la plupart des Juifs s’immergeaient eux-mêmes lors de rites de purification similaires par l’eau ; or dans le baptême de Jean, c’était lui qui les immergeait. Son baptême n’était pas un simple rite de nettoyage ou de purification, c’était un baptême de repentance – c’est-à-dire une manifestation extérieure à laquelle ne participaient que ceux qui s’étaient repentis et qui avaient fait l’expérience d’un profond changement intérieur. C’était symbolique de la mort de leur ancien comportement et de leur ancien mode de vie, et de la naissance d’une toute nouvelle vie.[14] C’était un tout nouveau commencement, et les gens s’attendaient à ce que celui qui avait été baptisé soit transformé, et que sa vie et son comportement soient le reflet de sa repentance.

En plus de prêcher l’urgence de la repentance et les conséquences d’un refus de se repentir, Jean proclamait aussi que « quelqu’un va venir, qui est plus puissant que moi. Je ne suis même pas digne de dénouer la lanière de ses sandales. Lui, Il vous baptisera dans le Saint–Esprit et le feu. »[15] Le baptême de celui qui allait venir serait un baptême du Saint-Esprit et de feu, bien supérieur au baptême de Jean et bien plus puissant.

Luc nous dit qu’à cette époque, le peuple se demandait si Jean n’était pas le Messie.[16] Dans l’Évangile de Jean, les prêtres et les lévites venus de Jérusalem demandent à Jean-Baptiste : « Qui es–tu ?  Il leur déclara ouvertement : —Je ne suis pas le Messie. – Mais alors, continuèrent–ils, qui es–tu donc ? Es–tu Elie ? – Je ne le suis pas. – Es–tu le Prophète ? – Non. »[17]

A la question « Qui es-tu ? », Jean répond : « Moi ?... Je suis cette voix dont parle le prophète Esaïe, la voix de quelqu’un qui crie dans le désert : Préparez le chemin pour le Seigneur ! »[18] Par la suite, il redira : « Je ne suis pas le Messie, mais j’ai été envoyé devant lui. »[19] Jean comprenait que sa mission était d’être le précurseur de celui qui devait venir.

Jean comparait son baptême au baptême de celui qui devait venir. « Moi, je vous ai baptisés dans l’eau, mais lui, il vous baptisera dans le Saint–Esprit. » [20] Le baptême de Jean était un baptême purificateur et de repentance ; celui qui allait venir, et qui était plus grand que Jean, apporterait le baptême du salut.

Les nouvelles de la prédication et du baptême de Jean arrivent non seulement jusqu’à Jérusalem et la province de Judée, mais elles se répandent jusqu’en Galilée. Jésus entend parler du prophète dans le désert et Il se rend de la Galilée au Jourdain, auprès de Jean, pour être baptisé par lui[21] alors qu’Il avait « environ trente ans. »[22]

L’Évangile de Marc nous rapporte qu’« au moment où Jésus sortait de l’eau, il vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. »[23] La description du Ciel s’ouvrant indique qu’il s’agit d’une vision, comme on le voit dans d’autres passages des Écritures. C’est le jour où Jésus fut baptisé que l’Esprit et l’onction de Dieu descendirent et restèrent sur Lui.  Non seulement l’Esprit descend sur Lui, mais une voix venue du Ciel dit : « Tu es mon Fils bien–aimé, tu fais toute ma joie. »[24]

L’importance des événements qui eurent lieu au moment du baptême de Jésus et le changement que cela produisit dans sa vie à compter de ce moment, indiquent que c’est à cet instant que Dieu oint Jésus comme Messie et qu’Il L’équipe pour être son messager et le Sauveur du monde. Robert Stein l’explique ainsi : « Vivre tranquillement en servant Dieu comme charpentier à Nazareth appartenait au passé. L’Esprit venait de Lui donner l’onction, et sa mission divine commençait. »[25]

Revenons un instant en arrière : dans l’Évangile de Matthieu, lorsque Jésus vient se faire baptiser par Jean, nous lisons que « Jean essaya de l’en dissuader. Il lui disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! Jésus lui répondit : – Accepte, pour le moment, qu’il en soit ainsi ! Car c’est de cette manière qu’il nous convient d’accomplir tout ce que Dieu demande. »[26]

Le baptême de Jean était un baptême de repentance, un appel aux pécheurs à confesser leurs fautes et à changer de comportement ; or Jésus, qui était sans péché, demande à Jean de Le baptiser. Jésus reçut le baptême de Jean, non pas parce qu’Il devait se repentir, mais afin de pouvoir s’identifier aux pécheurs et, par cette indentification, de pouvoir se substituer à eux. La Bible dit : « Celui qui était innocent de tout péché, Dieu l’a condamné comme un pécheur à notre place pour que, dans l’union avec le Christ, nous soyons justes aux yeux de Dieu. »[27]

Quand Jésus se présenta pour être baptisé, Jean Le reconnut comme étant le puissant personnage qui devait venir : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde. … Or, cela, je l’ai vu de mes yeux, et je l’atteste solennellement : cet homme est le Fils de Dieu. »[28]

La voix de Dieu venue du Ciel proclame que Jésus est son Fils, établissant ainsi leur relation de Père et de Fils. Jésus, qui vient de recevoir la puissance du Saint-Esprit, est maintenant prêt à commencer son ministère – qui est de prêcher le royaume de Dieu, d’être la présence de Dieu sur terre, et de réaliser la mission messianique que Lui a confiée son Père, qui est de racheter l’humanité.

 

Première publication : février 2015. Adapté et réédité le 11 juillet 2022. Traduit de l’original par Bruno Corticelli.
Lu par Marcel Minéo



[1] Luc 1.80. (Sauf indication contraire, tous les versets cités sont tirés de la Bible du Semeur. L’autre version citée est La Bible en Français Courant.)

[2] Luc 3.2 BFC.

[3] Marc 1.4–5.

[4] Luc 3.3.

[5] Matthieu 3.5, 7.

[6] Jean 1.19.

[7] Jean 1.35–40.

[8] Actes 19.1–7.

[9] Matthieu 11.14; Luc 7.26, 28.

[10] Luc 3.8.

[11] Luc 3.9.

[12] Luc 3.10–11.

[13] Luc 3.14.

[14] Leon Morris, L’Évangile selon Matthieu (Grand Rapids. William B. Eerdmans Publishing Company, 1992), 56.

[15] Luc 3.16.

[16] Luc 3.15.

[17] Jean 1.19–21.

[18] Jean 1.22–23.

[19] Jean 3.28 BFC.

[20] Marc 1.8.

[21] Matthieu 3.13.

[22] Luc 3.23.

[23] Marc 1.10.

[24] Marc 1.11.

[25] Robert H. Stein, Jésus le Messie (Downers Grove. InterVarsity Press, 1996), 99.

[26] Matthieu 3.14–15.

[27] 2 Corinthiens 5.21.

[28] Jean 1.29–34.