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juin 27, 2019

Les quatre Evangiles

 [The Four Gospels]

 Peter Amsterdam

Les Evangiles ont été écrits plusieurs décennies après la mort et la résurrection de Jésus-Christ par des croyants de l’époque. C’est grâce à leur compte-rendu de l’histoire de Jésus que sa vie, ses Paroles, ses actes et sa promesse de salut ont été préservés et maintes fois partagés au cours des siècles. Deux mille ans plus tard, nous continuons à lire et étudier le même Evangile que celui de ses premiers lecteurs.

 

Les historiens pensent que la rédaction des trois premiers Evangiles—ceux de Matthieu, Marc, et Luc—a eu lieu entre 45 et 69 après J.-C., et que le dernier, celui de Jean, date de 90 après J.-C. On appelle les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc, les Evangiles synoptiques, car lorsqu’on les place côte à côte sur trois colonnes parallèles, on peut voir leurs nombreuses similitudes ainsi que leurs différences.

 

Bien que personne ne puisse le dire avec certitude, l’Evangile de Marc est généralement considéré par les érudits modernes comme le plus ancien, tandis que les Evangiles de Matthieu et de Luc ont été rédigés à une date ultérieure. La quasi-totalité des spécialistes de la Bible sont d’avis que Matthieu et Luc ont eu accès à l’Evangile de Marc au moment d’écrire le leur, et qu’ils avaient tous deux accès à une autre source d’écrits dont ils se sont inspirés. En outre, Matthieu avait d’autres sources indépendantes, des documents auxquels Luc n’avait pas accès, mais ce dernier avait, lui aussi, ses sources indépendantes. C’est pour cette raison qu’une bonne partie du contenu des Evangiles synoptiques est similaire.

 

L’Evangile de Jean, écrit plusieurs décennies après les trois premiers, ne suit pas le même plan que les Evangiles synoptiques. Il leur est similaire dans ses grandes lignes, mais il comporte des caractéristiques distinctes dans son contenu, ainsi que dans son style et sa composition qui diffèrent de ceux des autres évangiles. Au lieu de relater la naissance ou de préciser la lignée généalogique du Christ, comme le font Matthieu et Luc, le récit de Jean explique la naissance de Jésus comme étant la manifestation de la Parole de Dieu incarnée (devenue chair). Au lieu de rapporter les paraboles, il rapporte les enseignements de Jésus sous la forme de longs dialogues. Il arrange aussi les événements dans un ordre différent de celui des Evangiles synoptiques.

 

L’objectif des rédacteurs de l’Evangile n’était pas de produire un récit détaillé de la vie de Jésus. Plutôt que de faire un compte rendu détaillé des actes de Jésus, ceux-ci sont souvent résumés dans des phrases comme « Il les guérit » ou « Il allait prêcher et enseigner dans toutes les villes et les villages. »[1] A la fin de son Evangile, Jean écrit que Jésus a fait beaucoup d’autres miracles qu’il n’a pas rapportés dans son Evangile.[2] Les auteurs des Evangiles n’ont décrit que les épisodes de la vie de Jésus qui leur paraissaient expliquer le mieux qui était Jésus, ce qu’Il prêchait, la signification de sa mort et de sa résurrection, et leur lien avec notre salut. Leur première intention était de partager la bonne nouvelle, d’amener les autres à la foi en Jésus, de donner aux nouveaux croyants les moyens de faire connaître Jésus et de leur enseigner le message qu’Il prêchait, en sorte qu’ils puissent, à leur tour, le partager avec d’autres.

 

Avant que les Evangiles ne soient consignés par écrit, la majeure partie de leur contenu circulait oralement. La méthode d’éducation en vigueur dans l’Antiquité, et en particulier en Israël, consistait à apprendre les choses par cœur, ce qui permettait aux gens de se rappeler avec exactitude un très grand nombre d’enseignements, souvent bien plus longs que tous les Evangiles réunis.[3]

 

En plus du partage oral des histoires relatant la vie et le ministère de Jésus, apparemment il y avait aussi des récits écrits de ce que Jésus a fait et dit, comme en témoigne l’introduction de Luc à son Evangile :

 

Plusieurs personnes ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont passés parmi nous, d’après les rapports de ceux qui en ont été les témoins oculaires depuis le début et qui sont devenus des serviteurs de la Parole de Dieu. J’ai donc décidé à mon tour de m’informer soigneusement sur tout ce qui est arrivé depuis le commencement, et de te l’exposer par écrit de manière suivie, très honorable Théophile ; ainsi, tu pourras reconnaître l’entière véracité des enseignements que tu as reçus.[4]

 

A l’époque, il devenait urgent que les informations concernant Jésus et ses enseignements soient consignées par écrit. Essentiellement, pour deux raisons : la première, c’est que les témoins oculaires originels étaient devenus vieux, et que certains étaient déjà morts ; l’autre raison, c’est que la diffusion de l’Evangile s’étendait à une grande partie du vaste Empire romain de l’époque. Cela signifiait qu’il n’était plus possible pour les apôtres et les croyants de la première heure de voyager jusqu’aux confins de l’empire pour partager personnellement l’enseignement qu’ils avaient reçu aux pieds de Jésus. Il devenait nécessaire d’écrire l’histoire de Jésus, sa vie et son enseignement, pour les préserver et pour pouvoir les partager au-delà des capacités des personnes qui les racontaient oralement.

Les auteurs des Evangiles

 

Aucun des Evangiles ne mentionne explicitement le nom de son auteur dans le texte lui-même. Toutefois, certains documents chrétiens datant du début du deuxième siècle ont permis d’identifier les auteurs. Quelques érudits contestent ces conclusions mais il existe des arguments historiques permettant d’établir que les auteurs sont bien Matthieu, Marc, Luc et Jean. Examinons brièvement ces arguments.

 

La plus ancienne référence désignant Matthieu comme l’auteur du livre qui porte son nom nous vient de Papias (mort en 130 après J.-C.), qui était évêque de Hiérapolis en Phrygie (près de Pamukkale, dans l’actuelle Turquie). D’autres pères de l’église—Irénée (environ 120–203), Origène (environ 185–254), et Eusèbe (environ 260–340) – attestent tous que Matthieu en est l’auteur.

 

Papias fut également le premier à attribuer la paternité de l’Evangile de Marc à Jean Marc qui, dans sa jeunesse, avait accompagné Paul dans ses voyages. D’autres pères de l’église le confirment. Papias écrivit que « l’ancien », un terme désignant l’apôtre Jean, disait que Marc, qui avait travaillé avec l’apôtre Pierre, avait scrupuleusement consigné ce que Pierre lui avait relaté et ce que Pierre prêchait concernant les paroles et les actes de Jésus. Marc n’était donc pas un témoin oculaire, mais il a consigné par écrit le récit que Pierre lui avait fait de la vie de Jésus. Il travaillait étroitement avec Pierre qui l’appelait « mon fils ».[5] Marc était le cousin de Barnabas, et il accompagnait Barnabas et Paul dans leurs voyages. [6]

 

L’Evangile de Luc est le plus long des quatre Evangiles, et il est le seul à avoir eu une suite, en l’occurrence le livre des Actes. Luc n’était pas un témoin oculaire du ministère de Jésus, mais la déclaration liminaire de son Evangile indique clairement qu’il a recueilli ses informations parmi les premiers croyants, et qu’il a vérifié ses témoignages auprès de témoins oculaires qui sont devenus serviteurs de la Parole[7], pour en faire un récit ordonné. Luc était médecin et c’était très probablement un gentil (non-Juif) qui connaissait Paul et voyageait parfois avec lui.[8] De nombreux pères de l’église identifient Luc comme étant l’auteur de cet Evangile.

 

En général, les exégètes bibliques pensent que Luc connaissait l’Evangile de Marc et qu’il a dû avoir accès à de nombreux documents écrits et oraux émanant d’autres sources, du fait que plus de quarante pour cent de son Evangile diffère de celui de Marc, y compris les informations qu’il donne concernant la naissance de Jésus, ainsi que des adages et des paraboles qui n’apparaissent pas dans les autres Evangiles. Du fait que Luc est l’auteur de son Evangile et du livre des Actes, lequel s’achève au moment où Paul est jeté en prison mais avant son exécution, il est fort probable que la rédaction de cet Evangile soit antérieure à l’exécution de Paul, et qu’elle date de la fin des années 50, ou du début des années 60 de notre ère.

 

La question de la paternité de l’Evangile de Jean a été longuement débattue au siècle dernier. Les pères de l’église considéraient l’apôtre Jean, le fils de Zébédée, comme l’auteur de cet Evangile. A l’époque moderne, cette certitude a été remise en question, du fait que cet Evangile comporte de nombreuses différences avec les Evangiles synoptiques. Des arguments historiques en faveur de la paternité de Jean figurent dans les écrits d’un certain nombre de pères de l’église du deuxième siècle de notre ère. Irénée (environ 180 après J.-C.) écrivait que Jean avait rédigé un Evangile au cours de son séjour à Ephèse, en Asie. Dans ces écrits, Irénée s’était en grande partie inspiré de Polycarpe (environ 69 à 155 après J.-C.), lequel était lui-même un disciple de Jean.

La date traditionnellement attribuée à la rédaction de l’Evangile de Jean se situe entre 90 et 100 après J.-C. Il a très probablement été écrit à Ephèse, une ville de l’Antiquité située dans l’actuelle Turquie. L’Evangile de Jean diffère des autres Evangiles en ce qu’il n’inclue pas les paraboles qui figurent dans les synoptiques ; il n’y est fait aucune mention d’exorcisme, de guérison de lépreux, ou de partage du pain et du vin à la Cène. En conclusion de son Evangile, Jean explique les raisons qui l’ont poussé à l’écrire : « Jésus a accompli, sous les yeux de ses disciples, encore beaucoup d’autres signes miraculeux qui n’ont pas été rapportés dans ce livre. Mais ce qui s’y trouve a été écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous possédiez la vie en son nom. »[9]

Le quadruple Evangile

Au début du deuxième siècle de notre ère, soit à peine dix ou vingt ans après la rédaction de l’Evangile de Jean, on commença à diffuser les quatre Evangiles ensemble en les désignant sous le nom de quadruple Evangile. Cela fut possible grâce l’adoption du codex, une forme d’édition qui entra en usage à la fin du premier siècle en remplacement des rouleaux. Le codex ressemblait à un livre moderne, avec des feuillets de papyrus ou de vélin cousus ensemble sur la tranche (du dos). Dans les rouleaux, les feuilles de papyrus étaient collées ensemble les unes à la suite des autres pour constituer un rouleau continu.

 

A l’époque où les Evangiles commencèrent à être diffusés ensemble, les Actes des Apôtres, qui étaient une suite à l’Evangile de Luc, étaient séparés et ne faisaient pas partie des Evangiles. A la même époque, il y avait aussi d’autres écrits qui circulaient parmi les églises—il s’agissait des lettres de Paul, qu’on appelait les épîtres. Au fil du temps, le livre des Actes constitua le lien entre les Evangiles et les lettres de Paul, et lorsque les épîtres d’autres auteurs furent ajoutées à celles-ci, l’ensemble finit par constituer le Nouveau Testament.

 

Première publication: novembre 2014. Extraits réédités le 13 juin 2019. Traduit de l’original par Bruno Corticelli.

 



[1] Marc 1.38–39, Luke 4:40. Sauf indication contraire, toutes les citations bibliques sont extraites de La Bible du Semeur.

[2] Jean 20.30–31.

[3] C. Blomberg in Joel B. Green and Scot McKnight, eds. Dictionary of Jesus and the Gospels [Dictionnaire de Jésus et des Evangiles] (Downers Grove: InterVarsity Press, 1992).

[4] Luc 1.1–4.

[5] 1 Pierre 5.13.

[6] Actes 13.5.

[7] Luc 1.2.

[8] Colossiens 4.14.

[9] Jean 20:30–31.