juillet 22, 2026
[The Unjust Steward]
Par Peter Amsterdam
La parabole du gérant malhonnête est la deuxième des trois paraboles de l’Évangile de Luc qui traitent de la gestion de l’argent et des possessions matérielles. Les autres paraboles sont celle du riche insensé (Luc 12.16–21) et celle de l’homme riche et Lazare (Luc 16.19–31). La parabole du gérant malhonnête est considérée comme l’une des plus difficiles à comprendre, comme en témoigne le grand nombre d’interprétations différentes qui en ont été faites au cours des siècles.
Dans cette parabole rapportée en Luc 16.1–13, Jésus raconte l’histoire d’un intendant qui gère les affaires d’un riche propriétaire terrien et qui est renvoyé par son patron lorsque celui-ci apprend qu’il est malhonnête. Le gérant agit alors au mieux de ses intérêts en continuant d’escroquer son patron. Lorsque le patron l’apprend, il fait l’éloge de son intendant.
Cette parabole pourrait donner à penser que Jésus approuve, voire loue, le comportement immoral du gérant, ce qui est pour le moins troublant. D’ailleurs, au quatrième siècle de notre ère, l’empereur Julien l’Apostat, qui fut le dernier empereur romain non chrétien, prétexta cette parabole pour accuser Jésus d’avoir enseigné à ses disciples à mentir et à voler.[1]
Au cours des siècles, cette parabole a fait l’objet d’interprétations très diverses, et différents commentateurs ont avancé qu’elle traitait de beaucoup de sujets différents, comme l’aumône aux pauvres, le bon usage de l’argent, ou que c’était une mise en garde adressée à Israël.[2]
Je présente ici ce qui me parait être l’interprétation correcte du message de cette parabole en me fondant principalement sur l’explication de Kenneth Bailey tirée de son livre Jésus à travers les yeux du Moyen-Orient.
Commençons par le premier verset de la parabole, qui présente les deux principaux personnages et prépare le terrain pour la suite :
Un grand propriétaire avait un gérant. On vint lui dénoncer sa conduite car il gaspillait ses biens (Luc 16.1).
Au fil du récit, nous apprenons que l’homme riche possédait de nombreuses terres qu’il louait pour un usage agricole, et qu’il avait un intendant chargé de gérer ses affaires. Quelqu’un avait rapporté au propriétaire terrien que son gérant gaspillait les biens du propriétaire. Le mot rendu par « gaspillait » est le même mot grec que celui utilisé dans la parabole fils prodigue (Luc 15.11–22), où il le fils cadet dilapide ses richesses pour assouvir ses désirs. Le gérant est accusé de dilapider les biens du propriétaire.
Le maître le fit appeler et lui dit : « Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Remets-moi les comptes de ta gestion, car tu ne continueras pas à gérer mes affaires. » (Luc 16.2).
Le riche propriétaire fait savoir au gérant qu’il est accusé de mauvaise gestion—on peut supposer qu’il avait profité de sa position pour se remplir les poches aux dépens du propriétaire.
Dans la Palestine du premier siècle et dans le monde antique en général, les gérants avaient toute autorité pour conclure des affaires au nom des propriétaires. Tout contrat conclu par le gérant au nom du propriétaire était légalement contraignant pour ce dernier et donc, avant de nommer quelqu’un gérant de ses affaires, de sa maison et de ses finances, le propriétaire devait lui faire entièrement confiance. Apparemment, l’homme riche avait accordé ce niveau de confiance à son gérant pour finalement découvrir que celui-ci l’avait trahi.
Lorsque le propriétaire l’accuse, le gérant ne dit rien. Il ne se défend pas. Il ne demande pas qui sont ses accusateurs. Il ne nie pas, et son silence est considéré comme un aveu de culpabilité. Le propriétaire le licencie sur-le-champ et lui ordonne de lui remettre les livres de comptes. Dès cet instant, l’homme n’a plus l’autorité légale de faire des affaires pour le compte du propriétaire. Dans les deux versets suivants, nous entendons les pensées intérieures du gérant qui évalue ses chances d’employabilité future tandis qu’il va chercher les livres de comptes.
Le gérant se dit : « Que vais-je faire, puisque mon maître m’enlève la gestion de ses biens ? Travailler comme ouvrier agricole ? Je n’en ai pas la force. Me mettre à mendier ? J’en aurais honte » (Luc 16.3).
Il a une vision peu réjouissante de son avenir. Très vite, tout le monde dans le village va savoir qu’il a été renvoyé de son ancien poste. Il n’est pas assez robuste pour travailler dans les champs comme ouvrier agricole ou journalier et il reconnait qu’il a trop honte pour mendier. Ses perspectives ne sont pas bonnes. Nous avons maintenant un aperçu de ses pensées intérieures.
« Ah ! je sais ce que je vais faire pour que des gens me reçoivent chez eux lorsque j’aurai perdu ma place. » (Luc 16.4)
Il a un plan qui incitera les autres à le recevoir chez eux. Être reçu « chez eux » est une expression idiomatique qui signifie obtenir un emploi auprès d’un autre propriétaire terrien. Son plan lui permettra d’obtenir un autre emploi même si les gens savent qu’il a été malhonnête et qu’il s’est fait renvoyer. Il commence alors à mettre son plan à exécution.
Là-dessus, il fait venir un à un tous les débiteurs de son maître. Il dit au premier : « Combien dois-tu à mon maître ? » « Quarante hectolitres d’huile d’olive », lui répond celui-ci. « Voici ta reconnaissance de dette, lui dit le gérant, assieds-toi là, dépêche-toi et inscris vingt hectolitres. »Ensuite il dit à un autre : « Et toi, combien dois-tu ? » « Cinq cents sacs de blé. » « Prends ta reconnaissance de dette, reprend le gérant, et inscris-en quatre cents » (Luc 16.5–7).
Le fait que le gérant convoque individuellement les débiteurs du maître informe les auditeurs de la parabole qu’à ce stade, les seules personnes qui sont au courant que le gérant s’est fait renvoyer sont le propriétaire et le gérant lui-même. Apparemment, les serviteurs du propriétaire ne sont pas encore au courant, car s’ils avaient su qu’il n’était plus gérant, ils n’auraient pas exécuté ses ordres.
Les débiteurs l’ignorent également, car s’ils le savaient, ils ne se seraient pas rendus à un entretien privé avec lui. Ces débiteurs n’étaient pas pauvres puisqu’ils louaient de grandes parcelles de terrain appartenant au riche propriétaire. L’un d’eux louait une oliveraie et, un autre, un champ de blé.
À l’époque, les gens louaient et exploitaient des terres agricoles, des vergers, ou des vignobles et, en contrepartie, ils donnaient au propriétaire une part convenue d’avance de la récolte. L’un de ces hommes avait promis de donner au propriétaire quarante hectolitres d’huile d’olive provenant de la récolte et, un autre, cinq cents sacs de blé.
Le mot hébreu bath désigne une mesure d’huile qui correspond à environ 39 litres. L’un des débiteurs s’était donc engagé à donner 3 900 litres d’huile d’olive, ce qui équivalait à la production d’environ 150 oliviers et avait une valeur marchande d’environ 1 000 deniers. Un denier équivalait au salaire d’une journée de travail d’un ouvrier non qualifié. Un autre débiteur s’était engagé à donner au propriétaire 27 tonnes de blé provenant de la récolte, soit le rendement d’un champ de 40 hectares. La valeur d’une telle quantité de blé était d’environ 2 500 deniers.
Le gérant malhonnête réduisit donc de moitié la quantité d’huile due au propriétaire, soit l’équivalent de 500 deniers, et d’un cinquième la valeur du blé dû au propriétaire, soit 500 deniers également. Il demanda à chacun d’eux de réécrire leur facture de façon que le montant indiqué soit inférieur de 500 deniers à ce qu’ils devaient à l’origine ; c’était donc une somme importante. Après avoir escroqué le propriétaire pour son propre bénéfice, il l’escroque à nouveau à hauteur de 1 000 deniers, cette fois-ci non pas pour en profiter lui-même, mais pour que les débiteurs aient une bonne opinion de lui, et dans l’espoir qu’ils lui donnent du travail lorsqu’ils apprendront qu’il s’est fait renvoyer.
Les débiteurs repartent tout contents que le propriétaire se soit montré si généreux et satisfaits du gérant auquel ils attribuent peut-être le mérite d'avoir convaincu le propriétaire d'agir ainsi.
D’une certaine manière, le gérant a mis le propriétaire au pied du mur. Quand le propriétaire apprendra que le gérant a modifié le montant qui lui était dû, il aura légalement le droit de ne pas honorer le montant diminué et d’exiger que la somme totale soit payée au moment de la récolte. Toutefois, s’il annule les factures modifiées, il perdra le capital-confiance qu’il vient d’engranger auprès de ses locataires. Et si les autres villageois venaient à l’apprendre, ce qui ne manquerait pas de se produire, il perdrait également leur estime. Le gérant vole une fois de plus le propriétaire, mais il le fait avec beaucoup d’habileté, d’une manière qui lui est profitable et qui profite également au propriétaire. L’histoire se termine par cette phrase :
Le maître admira l’habileté avec laquelle ce gérant malhonnête s’y était pris (Luc 16.8).
Ici, il est clairement dit que le gérant est malhonnête, donc il n’y a pas lieu de penser qu’il est loué pour sa bienveillance, sa probité ou son repentir. Le maître le complimente sur son habileté, autrement dit pour son intelligence et sa roublardise.
Ce qu’il a fait était condamnable et il est puni en perdant son emploi, mais il est loué pour avoir bien jugé la nature et le caractère du propriétaire et pour avoir élaboré un plan astucieux.
Les agissements du gérant lui permirent de se montrer et de montrer le propriétaire sous un jour favorable auprès des locataires. De plus, la communauté aurait très probablement entendu parler de l’incroyable générosité du propriétaire. L’histoire des combines du gérant finirait probablement par s’ébruiter et les membres de la communauté se seraient également rendu compte que le propriétaire aurait pu le punir et vendre sa famille, mais qu’il ne l’avait pas fait. S’il est peu probable qu’il puisse retrouver un emploi de gérant localement, à cause de sa malhonnêteté, il pourrait être engagé pour occuper un autre emploi en raison de son intelligence, ce qui était son objectif. Son plan était « gagnant » pour lui et « gagnant » pour le propriétaire, même si pour le riche propriétaire, c’était une victoire qui lui coûtait cher.
Cette parabole a dû intriguer les premières personnes qui l’ont entendue, comme un film ou un livre mettant en scène un voleur dont le plan extrêmement astucieux et complexe intriguerait, de nos jours, les spectateurs ou les lecteurs. Mais ils auraient également compris que le propriétaire était généreux et bienveillant.
Une fois l’histoire terminée, Jésus ajoute en guise d’interprétation :
Eh bien, le maître loua le gérant malhonnête d’avoir agi si habilement. En effet, les gens de ce monde sont bien plus habiles dans leurs rapports les uns avec les autres que ceux qui appartiennent à la lumière. » Jésus ajouta : « Et moi je vous dis : faites-vous des amis avec les richesses trompeuses de ce monde, afin qu’au moment où elles n’existeront plus pour vous on vous reçoive dans les demeures éternelles » (Luc 16.8–9).
Dans cette conclusion difficile à comprendre, Jésus établit une comparaison entre les gens de ce monde et ceux qui appartiennent à la lumière. Les gens de ce monde, comme le gérant, sont bien plus rusés dans leurs rapports les uns avec les autres que les gens de la lumière car, comme le gérant, ils savent tirer leur épingle du jeu dans le monde. Ils savent faire de bonnes affaires, gagner de l’argent, s’enrichir, et réussir selon les critères et les principes du monde.
Mais Jésus dit à ceux qui appartiennent à la lumière de faire preuve de sagesse en suivant des principes différents, ceux du royaume de Dieu, fondés sur la nature aimante, généreuse et compatissante de Dieu. Ils doivent agir conformément à la volonté de Dieu et en faisant preuve d’amour et de générosité envers les autres, afin de devenir riches auprès de Dieu et s’amasser ainsi des trésors dans le ciel (Matthieu 6.19–21)
Les croyants doivent apprendre à utiliser l’argent et les richesses matérielles de ce monde pour se faire des amis dans le monde. Autrement dit, faites du bien avec votre argent, soyez généreux, partagez, donnez à ceux qui sont dans le besoin, aidez ceux que vous pouvez aider. Un jour viendra où l’argent n’aura plus aucune valeur ni aucune importance et, un jour, vous quitterez ce monde pour entrer dans le suivant. Si vous vivez selon les principes du royaume de Dieu, lorsque vous arriverez au ciel, vous serez accueillis dans votre demeure éternelle par ceux que vous avez aidés et qui étaient partis avant vous.
Dans cette parabole, Jésus enseigne sur la nature de Dieu, lequel est miséricordieux et généreux, comme le propriétaire terrien. Il nous dit que les croyants devraient tirer les leçons de l’histoire de ce gérant malhonnête. Bien que le gérant ait fait preuve de malhonnêteté, il avait conscience de la nature généreuse du propriétaire et a agi en conséquence. À plus forte raison, nous qui sommes chrétiens, devrions-nous être conscients de la nature bienveillante et généreuse de Dieu et avoir une grande foi en son amour, sa compassion et sa générosité, tout en prenant modèle sur ses attributs, en faisant preuve de générosité et en pardonnant aux autres.
Nous avons tous besoin d’argent pour joindre les deux bouts, pour subvenir à nos besoins et à ceux de notre famille, mais lorsque nous prenons une partie de nos bénédictions pour aider les autres, c’est un moyen de nous lier d’amitié avec eux, de leur faire savoir que Dieu les aime et qu’Il veut les bénir. Lorsque nous partageons nos ressources, nous reflétons la générosité de Dieu et, ce faisant, non seulement nous aidons les autres, mais nous nous amassons des trésors dans le ciel.
Nous n’avons peut-être pas beaucoup de richesses de ce monde à partager avec les autres, mais nous avons d’abondantes richesses qui ont bien plus de valeur que l’argent—la vérité de la Parole de Dieu et l’amour de Dieu. Et nous savons comment entrer dans une relation de salut avec Lui par l’intermédiaire de Jésus. Peut-être n’avez-vous pas les moyens, pour le moment, d’aider les autres financièrement, mais vous pouvez les aider en leur donnant votre temps, votre assistance, vos prières, votre réconfort et votre amour.
Chacun de nous a le vrai trésor de la justice, la bonne nouvelle du salut que nous pouvons annoncer libéralement aux autres. Puissions-nous partager nos bénédictions financières et spirituelles avec ceux qui en ont besoin, en sorte qu’ils en viennent à connaître notre Dieu aimant et généreux et son merveilleux Fils, Jésus.
Première publication : août 2014. Adapté et réédité le 22 juin 2026.
Traduit de l’original par Bruno Corticelli. Lu par Marcel Minéo.
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