mai 8, 2026
[The Parable of the Two Debtors]
Peter Amsterdam
La parabole des deux débiteurs, ou comme on l’appelle parfois, la parabole du pharisien et de la femme pécheresse, est une magnifique histoire d’amour, de miséricorde et de gratitude. La parabole elle-même est très courte—seulement deux versets insérés au cœur de l’action et du dialogue, lors de la visite de Jésus et du repas servi chez Simon le pharisien. Bien que brève, la parabole met clairement en lumière le pardon de Dieu et la réponse appropriée.
L’histoire racontée dans l’Évangile de Luc (Luc 7.41–42) commence ainsi : Un pharisien invita Jésus à manger. Jésus se rendit chez lui et se mit à table (Luc 7.36)
Si à première vue, ce compte rendu des faits peut paraître assez factuel, en réalité, c’est ce qui ne se passe pas ici qui constitue un élément essentiel de l’histoire. La coutume de l’époque dictait que lorsqu’un invité entrait chez quelqu’un, son hôte devait l’accueillir en l’embrassant soit sur la joue, soit sur la main. Puis on apportait de l’eau et de l’huile d’olive pour laver les mains et les pieds de l’invité et, parfois même, l’hôte oignait la tête de son invité avec de l’huile. Simon n’avait manifesté aucune de ces marques de politesse envers Jésus, ce qui aurait été perçu comme une violation flagrante du protocole et des bonnes manières.
Un peu plus loin dans le récit, Simon appelle Jésus « maître ». D’après les anciens écrits juifs, le fait de recevoir chez soi un maître ou un érudit était considéré comme un honneur. Ayant été invité chez Simon, la moindre des choses à laquelle Jésus pouvait s’attendre était un baiser de bienvenue, de l’eau pour laver ses pieds et de l’huile d’olive pour se laver les mains. Mais rien de tout cela ne Lui est offert.
À ce moment-là, Jésus aurait pu dire à juste titre : « Je ne suis pas le bienvenu ici », et quitter les lieux en colère. Mais Il ne fait rien de cela. Jésus aurait été en droit de prendre le manque d’hospitalité de Simon comme un affront personnel, mais Il encaisse l’insulte et se met à table sans avoir pu se laver les mains et les pieds.
L’histoire continue avec la scène suivante : « Survint une femme connue dans la ville pour sa vie dissolue. Comme elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre rempli de parfum. Elle se tint derrière lui, à ses pieds. Elle pleurait ; elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus ; alors elle les essuya avec ses cheveux et, en les embrassant, elle versait le parfum sur eux » (Luc 7.37-38)
La femme, qui est connue pour être une pécheresse, avait appris que Jésus allait manger ce jour-là chez Simon, et donc elle se trouvait déjà sur les lieux lorsque Jésus arriva. L’interprétation la plus communément admise est que cette femme était une prostituée. Comment se fait-il que cette femme ait été autorisée à assister au repas qui était servi dans la maison de Simon ? Voici ce qu’en dit un auteur :
Lors d’un repas traditionnel dans un village du Moyen-Orient, les exclus de la communauté ne sont pas tenus à l’écart. Ils s’assoient silencieusement par terre contre un mur et on les nourrit à la fin du repas. Leur présence est un compliment pour l’hôte qui est perçu comme quelqu’un de noble puisqu’il donne à manger aux exclus de la communauté. Les rabbins insistaient pour que la porte reste ouverte lorsqu’un repas était servi de peur que « la nourriture vienne à manquer » (c’est-à-dire de peur que l’on ne ferme la porte aux bénédictions de Dieu.)[1]
Apparemment, la femme n’était pas là en tant qu’invitée mais elle avait la permission d’assister au repas. Alors, pourquoi se trouvait-elle là ? Il est fort probable que c’était parce qu’elle avait entendu Jésus parler auparavant, et qu’elle avait été transformée par cette rencontre. Bien que ce ne soit pas explicitement mentionné dans la Bible, on le devine, et cela devient de plus en plus évident au fur et à mesure que le récit progresse. Un peu plus loin dans l’histoire, nous entendons Jésus dire à Simon : « Mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a cessé de couvrir mes pieds de baisers », ce qui implique qu’elle se trouvait là avant que Jésus n’arrive chez Simon, ou bien qu’elle avait été témoin du manque de respect subi par Jésus à son arrivée.
La femme avait sans doute entendu dire que Jésus n’hésitait pas à se mêler aux pécheurs et elle L’avait entendu parler de la rémission des péchés ; elle avait appris que Dieu l’aimait, elle, et les autres comme elle, et qu’elle avait droit à la grâce de Dieu, même si elle était pécheresse. Elle était très heureuse que ses péchés aient été pardonnés et était venue chez Simon pour exprimer sa gratitude à Celui qui lui avait annoncé cette bonne nouvelle.
Nous apprenons qu’elle avait apporté un flacon d’albâtre rempli de parfum. L’albâtre est une roche tendre dont on faisait des petits flacons pour y verser des huiles parfumées qui à l’époque étaient très coûteuses. La femme avait apporté son flacon d’huile parfumée pour en oindre les pieds de Jésus afin de Lui exprimer sa gratitude pour ce qu’Il avait fait pour elle.
Toutefois, elle était profondément attristée de voir la froideur et la façon insultante avec laquelle Simon avait reçu Jésus. Simon n’avait pas lavé les pieds de Jésus, ce qui indiquait qu’il Le considérait comme quelqu’un d’inférieur. Il ne Lui avait même pas donné d’eau pour qu’Il puisse se laver les pieds Lui-même. Aucun baiser de bienvenue ne Lui avait été donné. En voyant cela, la femme se mit à pleurer. Que pourrait-elle bien faire pour compenser ce manque d’hospitalité flagrant envers l’homme qui avait transformé sa vie ?
En voyant les pieds de Jésus couverts de poussière, alors qu’Il est couché sur le côté, elle décide de faire ce que Simon n’a pas fait. Elle se sert de ses larmes pour Lui laver les pieds. N’ayant pas de serviette pour Le sécher et L’essuyer, elle détache ses cheveux et s’en sert pour Lui essuyer les pieds. Puis elle Lui embrasse les pieds. Le mot grec traduit par « embrasser » dans ce passage signifie embrasser à plusieurs reprises ; autrement dit, elle couvre de baisers les pieds de Jésus. Comme Il n'avait pas reçu de baiser de bienvenue, elle embrasse ses pieds encore et encore dans une manifestation publique d'humilité profonde, de dévotion et de gratitude.
Les invités sont choqués par cette scène, qu’ils considèrent répréhensible à plusieurs égards. Une femme ne ferait jamais ce geste intime de détacher ses cheveux, sauf en présence de son mari. Pire encore, elle touche un homme qui n’est même pas un parent ; voilà une chose qu’aucune femme respectable n’aurait faite.
Son acte est perçu comme scandaleux par les convives, exactement comme ce qu’ils attendraient de la part d’une femme à la conduite immorale. Ils ne savent pas qu’elle a été pardonnée ; ils ne voient en elle qu’une pécheresse indigne. Ils n’arrivent pas à croire que Jésus permette à une femme d’aussi mauvaise réputation de Le traiter ainsi.
Notre histoire continue : « En voyant cela, le pharisien qui l’avait invité se dit : « Si cet homme était vraiment un prophète, il saurait quelle est cette femme qui le touche, que c’est quelqu’un qui mène une vie de débauche » (Luc 7.39)
Bien qu’il soit évident pour tous qu’il avait manqué à ses devoirs d’hôte, Simon critique le Christ intérieurement. L’ayant déjà entendu prêcher et enseigner, Simon devait se demander si Jésus était un vrai prophète ou un faux prophète. Il semble qu’il en ait conclu que Jésus n’était pas vraiment un prophète, puisque dans son esprit, si Jésus avait vraiment été un prophète, Il aurait su que cette femme qui Le touchait était une femme immorale et que ses actes Le souillait.
Il se peut qu’en invitant Jésus à manger chez lui, Simon ait eu l’intention de Le mettre à l’épreuve et de voir s’Il était vraiment un prophète. Après avoir assisté à cette scène, et ayant remarqué ce qu’il considérait comme un grave manque de discernement de la part de Jésus, Simon était probablement convaincu que Jésus ne remplissait pas les critères spirituels d’un prophète de Dieu.
Mais Simon se trompe. Jésus connaît très bien l’état spirituel de la femme, puisqu’Il dira plus tard que « ses péchés sont nombreux. » Il sait aussi que ses péchés lui ont été pardonnés parce qu’elle a cru par la foi au pardon de Dieu dont elle L’avait entendu parler auparavant. Par ailleurs, Jésus prouve qu’Il est un prophète en montrant qu’Il a discerné les pensées de Simon. Bien que Simon n’ait pas formulé tout haut ce qu’il pensait, Jésus l’interpelle à ce sujet.
« Jésus lui répondit à haute voix : – Simon, J’ai quelque chose à te dire. – Oui, Maître, parle, répondit le pharisien » (Luc 7.40)
La phrase « j’ai quelque chose à te dire » est une tournure typiquement moyen-orientale qui introduit un discours direct que l’auditeur n’aura sans doute pas très envie d’entendre. C’est à ce moment que Jésus nous raconte la courte parabole des deux débiteurs.
« Il était une fois un prêteur à qui deux hommes devaient de l’argent. Le premier devait cinq cents pièces d’argent ; le second cinquante. Comme ni l’un ni l’autre n’avaient de quoi rembourser leur dette, il fit cadeau à tous deux de ce qu’ils lui devaient. À ton avis, lequel des deux l’aimera le plus ? » (Luc 7.41-42)
Un denier d’argent correspondait au salaire d’une journée ordinaire de travail. Ce qui signifie que l’un des débiteurs de la parabole devait au prêteur une somme équivalant à 500 journées de travail, tandis que l’autre lui devait l’équivalent de 50 journées de travail. Une différence de taille ! Lorsqu’ils se trouvent dans l’impossibilité de payer, le généreux prêteur décide d’effacer la dette des deux débiteurs.
Dans le Nouveau Testament, le verbe « pardonner » s’emploie aussi bien dans un contexte financier, comme dans l’expression « pardonner une dette », que dans un contexte religieux, comme dans « pardonner des péchés ». Dans cette parabole, Jésus fait allusion à une dette d’argent, mais comme nous allons le voir, la référence au créancier et au débiteur s’applique également à Dieu et au pardon des péchés.
A la question de savoir lequel des deux débiteurs aimera le plus le créancier qui a effacé la dette, Simon répondit : « Celui, je suppose, auquel il aura remis la plus grosse dette. – Voilà qui est bien jugé, lui dit Jésus » (Luc 7.43)
Simon se rend compte que la parabole est une sorte de piège verbal dans lequel il s’est fait prendre, et répond sans grande conviction « je suppose ».
La leçon de la parabole est que l’amour est la réponse appropriée, la bonne réaction à une grâce, à une faveur que l’on n’a pas méritée ; c’est que la personne à qui l’on a pardonné la plus grosse dette aimera le plus et manifestera la plus grande gratitude. Cela dit, Jésus dit ses quatre vérités à Simon.
« Puis, se tournant vers la femme, il reprit : « Tu vois cette femme ? Eh bien, quand je suis entré dans ta maison, tu ne m’as pas apporté d’eau pour me laver les pieds ; mais elle, elle me les a arrosés de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas accueilli en m’embrassant, mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a cessé de couvrir mes pieds de baisers. Tu n’as pas versé d’huile parfumée sur ma tête, mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds. C’est pourquoi je te le dis : ses nombreux péchés lui ont été pardonnés, c’est pour cela qu’elle m’a témoigné tant d’amour. Mais celui qui a eu peu de choses à se faire pardonner ne manifeste que peu d’amour ! » (Luc 7.44-47)
Ces paroles sont adressées à Simon, mais en parlant, Jésus se tourne vers la femme. Lorsqu’Il dit : « Tu vois cette femme, Simon ? » Il essaie de faire en sorte que Simon la regarde comme quelqu’un à qui beaucoup de choses ont été pardonnées et qui a, par conséquent, beaucoup d’amour, et qui manifeste son amour et sa gratitude par ses actes. Jésus aurait aimé que Simon se rende compte et accepte que ses péchés étaient pardonnés et qu’elle pouvait être à nouveau accueillie dans la communauté, et qu’elle soit considérée non plus comme une pécheresse, mais comme une enfant de Dieu.
Jésus énumérait les manquements de Simon, et faisait ressortir le contraste entre les impairs de Simon et les gestes nobles de la femme – qui était allée bien au-delà de ce que Simon aurait dû faire mais qu’il n’avait pas fait. Et Jésus choisit ce moment pour faire le lien entre le grand amour de cette femme et ses nombreux péchés qui lui ont été pardonnés.
« Puis il [Jésus] dit à la femme : « Tes péchés te sont pardonnés » (Luc 7.48).
Jésus ne lui disait pas qu’à ce moment précis Il pardonnait ses péchés à la femme, mais que ses péchés avaient déjà été pardonnés. L’amour qu’elle avait manifesté et son élan de gratitude étaient une réaction au pardon qu’elle avait déjà reçu, quand elle avait entendu Jésus parler quelque temps auparavant. Le fait d’apprendre que Dieu pardonne volontiers les péchés, même si la personne qui a besoin d’être pardonnée ne le méritait pas lui avait procuré une grande joie et un merveilleux sentiment de liberté.
Les autres convives n’avaient absolument rien compris. Ils se trompaient complètement sur l’essentiel et interprétaient de travers ce que Jésus disait. « Les autres invités se dirent en eux–mêmes : « Qui est donc cet homme qui ose pardonner les péchés ? » (Luc 7.49).
Il est vrai que tout au long des Évangiles, Jésus pardonnait aux gens leurs péchés – ce que les dirigeants religieux considéraient comme un blasphème – mais là, à ce moment précis, Il ne pardonnait pas les péchés de la femme, car ils avaient déjà été pardonnés.
« Mais Jésus dit à la femme : « Parce que tu as cru en moi, tu es sauvée ; va en paix » (Luc 7.50).
Sa foi l’avait sauvée. Elle avait cru à la grâce de Dieu. Elle l’avait acceptée. Elle savait qu’elle ne la méritait pas. Ses péchés étaient nombreux et il n’y avait rien qu’elle puisse faire pour mériter le salut. Elle avait cru et accepté ce que Jésus lui avait dit – à savoir que pour être sauvée, il lui suffisait d’avoir la foi et d’accepter.
Et c’est ainsi que se termine notre histoire. Aucune mention n’est faite d’une réponse ou d’une quelconque réaction de Simon. A-t-il bien saisi ? Est-ce que Simon comprend qu’il est lui aussi débiteur – un pécheur qui a besoin de l’amour et du pardon de Dieu ? Est-ce qu’il accepte le fait que la femme est pardonnée, qu’elle a été transformée, et va-t-il l’accepter à nouveau dans la communauté ? Ces questions restent sans réponse ; et c’est donc à nous, lecteurs, de méditer sur les leçons de cette histoire et d’en tirer nos propres conclusions.
En repensant à ce qui s’était passé dans la maison de Simon, nous sommes amenés à réfléchir à la manière d’appliquer ces leçons dans notre vie et à la façon dont nous répondons au Seigneur et dont nous traitons les autres. Est-ce que nous sommes toujours reconnaissants d’avoir été sauvés et est-ce que nous louons Dieu pour Le remercier pour notre rédemption ? Est-ce que nous nous rappelons ce qu’il en a coûté à Jésus de prendre la punition pour nos péchés ? Avons-nous perdu la joie et l’émerveillement de notre salut ?
Est-ce que nous voyons les autres comme Jésus les voyait ? Est-ce que nous reconnaissons qu’Il est mort pour eux, et qu’Il veut qu’eux aussi reçoivent son don du salut ? En témoignage de notre gratitude pour cette dette effacée, sommes-nous empressés d’aider les autres à trouver le même pardon ? A les aimer, à leur parler, à donner de notre personne, à sacrifier notre temps et notre énergie pour leur apporter le salut, fussent-ils pauvres ou riches, jeunes ou vieux, ignorants ou intellectuels, disgracieux ou beaux, pécheurs ou pieux, exclus ou populaires ? Jésus veut les sauver tous. Est-ce que nous faisons ce qu’Il attend de nous pour qu’ils puissent être sauvés ?
Nous avons été abondamment pardonnés. Puissions-nous, à notre tour, aimer abondamment et déverser cet amour sur les autres.
Première publication : Juillet 2013. Adapté et réédité le 13 avril 2026. Traduit de l’original par Bruno Corticelli.Lu par Marcel Minéo.
[1] Kenneth E. Bailey, Jesus Through Middle Eastern Eyes [Jésus vu à travers les yeux du Moyen-Orient] (Downers Grove: InterVarsity Press, 2008), 246 footnote [note de bas de page] 15.
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