L’appel au pardon

février 24, 2026

[The Call to Forgiveness]
Peter Amsterdam

Télécharger audio (14.9MB)

 Dans les Évangiles, nous lisons que Jésus a été fouetté jusqu’au sang, battu, puis crucifié. Alors qu’Il était à l’agonie, suspendu à la croix, Il prononça ces paroles : « Père, pardonne-leur » (Luc 23.34). Pardonner fut sa réponse à un procès inique, aux coups de fouets qui Lui lacéraient la peau et Lui infligeaient une douleur inouïe, et aux clous qu’on Lui enfonçait dans les mains et les pieds en Le laissant agoniser dans d’horribles souffrances. Bien que cette réaction soit très surprenante à première vue, elle prend tout son sens à la lumière des enseignements de Jésus tout au long de son ministère. Il ne s’est pas contenté d’enseigner le pardon, Il l’a incarné de son vivant comme dans la mort. Il mettait en pratique ce qu’Il prêchait.[1] 

Le pardon de Jésus était la manifestation du pardon de son père. Dans l’Ancien Testament, lorsque Dieu s’est révélé à Moïse, Il a dit de Lui-même : « L’Éternel, l’Éternel, un Dieu plein de compassion et de grâce, lent à se mettre en colère, et riche en amour et en fidélité ! Je conserve mon amour jusqu’à la millième génération : je pardonne le crime, la faute et le péché » (Exode 34.6–7).           

Dieu disait que le pardon est l’un de ses attributs divins, qu’il est ancré dans sa nature. Ce point est souligné à maintes reprises comme en témoignent les versets suivants. 

Mais toi, tu es un Dieu qui pardonne, un Dieu compatissant et qui fait grâce, tu es lent à te mettre en colère et d’une immense bonté (Néhémie 9.17). 

Quel est le Dieu semblable à toi, qui efface les fautes et qui pardonne les péchés du reste de ton peuple qui t’appartient ? Toi, tu ne gardes pas ta colère à jamais, mais tu prends ton plaisir à faire grâce (Michée 7.18). 

La Bible nous dit aussi que quand Dieu nous a pardonné nos péchés, ceux-ci ne seraient plus jamais retenus contre nous. « Je pardonnerai leur faute et je ne me souviendrai plus de leur péché » (Jérémie 31.34). (Voir aussi Hébreux 8.12.) L’ampleur du pardon de Dieu se révèle dans des déclarations comme celles-ci : « tu jetteras toutes nos fautes au fond de la mer ! » (Michée 7.19). Et « autant l’orient est éloigné de l’occident, autant il éloigne de nous nos transgressions » (Psaumes 103.12).           

C’est dans la nature de Dieu de pardonner. Et fidèle à sa nature, Il a fait en sorte que nous soyons pardonnés grâce au sacrifice de son Fils Jésus. En quelque sorte, on peut dire que le sacrifice de Jésus est l’incarnation du pardon de Dieu. Et si nous voulons suivre l’exemple de Jésus, il est absolument essentiel de pardonner.           

Dans ses enseignements, Jésus a dit sans ambiguïté que nous devions pardonner aux autres, comme l’indiquent les versets suivants : 

Alors Pierre s’approcha de Jésus et lui demanda : « Seigneur, si mon frère se rend coupable à mon égard, combien de fois devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? —Non, lui répondit Jésus, je ne te dis pas d’aller jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu 18.21–22). 

Quand vous priez, si vous avez quoi que ce soit contre quelqu’un, pardonnez-lui (Marc 11.25). 

S'il a péché contre toi 7 fois dans une journée et que 7 fois [dans la journée] il revienne [vers toi] et dise : « J’ai eu tort’, tu lui pardonneras » (Luc 17.4). 

Lorsqu’Il enseignait à ses disciples à prier, Jésus a bien expliqué qu’il existait un lien direct entre notre disposition à pardonner aux autres et le pardon que Dieu nous accorde : « Pardonne-nous le mal que nous avons commis, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont fait du mal. » Et d’ajouter : « Mais si vous ne pardonnez pas aux autres, votre Père ne vous pardonnera pas vos fautes non plus » (Matthieu 6.12, 15).           

Dans la parabole du serviteur sans pitié, Jésus raconte l'histoire d'un serviteur auquel son maître avait pardonné une dette astronomique, mais qui, après avoir été libéré de sa dette, refusa de pardonner à un autre homme qui lui devait une petite somme d'argent (Matthieu 18.23–35). Alors le maître fit convoquer le serviteur qui refusait de pardonner : « Tu es vraiment odieux ! lui dit-il. Tout ce que tu me devais, toi mon serviteur, je te l’avais remis parce que tu m’en avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ? » Et, dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait remboursé toute sa dette. Voilà comment mon Père céleste vous traitera, vous aussi, si chacun de vous ne pardonne pas du fond du cœur à son frère » (Matthieu 18.32–35).           

Lorsque nous pardonnons aux autres le mal qu'ils nous ont fait, cela témoigne de notre compréhension du pardon divin. Nous devons pardonner aux autres parce que nous avons été pardonnés. Jésus est mort pour que nos péchés soient pardonnés, et Il nous appelle à pardonner aux autres lorsqu’ils pêchent contre nous ou nous font du tort. Cela manifeste la ressemblance au Christ. 

Ce qu'est le pardon et ce qu'il n'est pas 

Quand quelqu’un nous blesse, intentionnellement ou non, le Christ nous appelle à lui pardonner. Pour cela, il est essentiel de comprendre ce qu'est le pardon et ce qu'il n'est pas.           

Certaines blessures sont infligées intentionnellement. Nous sommes agressés d’une manière ou d’une autre, physiquement, verbalement ou émotionnellement. Nous sommes trahis par quelqu’un que nous aimons — un conjoint, un membre de notre famille, un ami proche. Certaines blessures que nous subissons sont légères, mais elles peuvent devenir plus graves si elles se répètent sans cesse.           

Pardonner ne signifie pas minimiser le mal ou les torts que nous avons subis. Cela ne consiste pas à trouver des excuses pour les torts qui nous ont été causés et cela ne minimise en rien la gravité de l’offense. Cela ne signifie pas que l’injure cesse de faire mal, ni qu’elle est oubliée. Le fait de pardonner n'implique pas de reprendre une relation identique à celle d'avant, sans changements ; le rétablissement de la confiance ne se fait pas de manière automatique. Parfois, il y a des conséquences à assumer, même après le pardon.           

Le pardon considère le tort qui nous a été fait, reconnaît qu'il nous a blessés, puis choisit de pardonner, ce qui est une décision réfléchie. C’est reconnaître que la blessure était personnelle, injuste et profonde, et faire le choix de pardonner à la personne ou aux personnes qui vous ont fait du mal. Pardonner c’est choisir délibérément d’évacuer les émotions négatives que nous ressentons à l’égard de la personne qui nous a fait du mal pour les oublier et ne plus laisser cette blessure nous affecter.           

Comme l'explique Kelly Minter dans son livre, The Fitting Room[1] : « Pardonner signifie regarder en face les actes de ceux qui nous ont fait du mal, reconnaître toute la portée de leur blessure, puis décider de leur pardonner. Il ne s’agit pas de nier les fautes de ceux qui nous ont blessés, mais de modifier notre façon de les considérer dans notre cœur. »           

Parfois, avant de pardonner, nous voulons attendre que la personne qui nous a blessés s’excuse pour ce qu’elle a fait. Nous voulons qu’elle reconnaisse qu’elle a mal agi et qu’elle exprime des regrets pour ce qu’elle a fait. Toutefois, si vous attendez que l'on vous demande pardon avant de pardonner, vous risquez de porter votre souffrance pour le reste de votre vie. On ne nous dit pas de pardonner seulement si nous recevons d’abord des excuses, et notre pardon n’est pas conditionné au fait que quelqu’un nous dise qu’il est désolé.           

Dans certains cas, nous sommes blessés par des personnes dont les problèmes personnels ont des répercussions sur nous. Par exemple, les problèmes conjugaux des parents peuvent créer de la souffrance chez leurs enfants, sans que ce soit intentionnel de la part des parents. Il arrive parfois que nous soyons blessés par des gens qui commettent des erreurs. Parfois quelqu’un croit faire une bonne chose, mais au bout du compte cela nuit à certaines personnes.           

Dans ces cas-là, il est utile de se rappeler que, tout comme les autres peuvent nous blesser sans le vouloir, parfois nous faisons, nous aussi, des choses qui causent du tort aux autres sans en avoir eu l’intention. Lorsque nous nous rendons compte de ce que nous avons fait, nous espérons bien sûr que ceux que nous avons blessés nous pardonneront. Par conséquent, nous devrions aussi être prêts à pardonner aux autres. Jésus n’a-t-Il pas dit : « Faites pour les autres tout ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, car c’est là tout l’enseignement de la Loi et des prophètes » (Matthieu 7.12).           

Il faut également tenir compte du fait que toutes les blessures que nous ressentons n’ont pas forcément besoin d’être pardonnées. La plupart des blessures que nous ressentons sont causées par les actes de personnes qui n’ont aucune intention de nous faire du mal. Nous vivons dans un monde où nous côtoyons régulièrement des personnes qui, sans le vouloir, peuvent dire ou faire des choses blessantes, et parfois cela fait mal sans que la personne ne s’en rende compte. De telles situations ne provoquent généralement pas de blessures profondes ou durables. Le pardon est une affaire personnelle. C’est une personne qui pardonne à une autre personne qui l’a blessée. 

L’acte du pardon 

Comprendre que les Écritures nous demandent de pardonner aux autres et reconnaître que nous devrions le faire est une chose. Toutefois, pardonner à une personne qui nous a profondément blessés peut s'avérer difficile et éprouvant. C. S. Lewis a écrit : « Tout le monde s’accorde à dire que le pardon est une idée noble, jusqu’à ce qu’ils aient quelque chose à pardonner. »           

Le terme grec fréquemment traduit par pardon est aphiemi qui veut dire « ne pas tenir compte de », ou « annuler une dette ». Lorsque nous pardonnons à quelqu’un ce qu’il a fait, nous le libérons d’une dette qui était justifiée. Nous reconnaissons que nous avons été blessés ou lésés, que notre confiance a été trahie, et que notre vie a été marquée par les actes blessants d’une autre personne. Mais nous reconnaissons que nous sommes, nous aussi, pécheurs, que nous faisons du mal et causons du tort aux autres, et que Dieu nous a pardonné nos fautes. Lorsque nous pardonnons, nous prenons la décision de nous libérer de notre douleur et de renoncer à notre désir de vengeance, à notre colère et à nos sentiments négatifs envers la personne qui nous a blessés. Nous laissons la personne et ses actes entre les mains de Dieu et nous passons à autre chose.  

Mettre entre les mains de Dieu les actes qui nous ont fait du mal et ceux qui les ont commis implique que nous les avons confiés à Dieu, ce qui nous permet de nous en détacher. Nous n'avons plus besoin de ressasser ce qui s'est passé ou pourquoi, puisque nous l’avons confié à Dieu. En agissant ainsi, nous pouvons évacuer nos émotions négatives envers la personne qui nous a fait du mal, surmonter le ressentiment et la colère et permettre à notre processus de guérison émotionnelle de commencer.           

Il peut être naturel de penser que si l’on pardonne à quelqu’un cela revient à l’excuser pour ce qu’il a fait. Il n’en est rien. Au contraire, cela vous libère et vous permet de vous défaire de la douleur causée par l’offense, et de poursuivre votre chemin sans être constamment tourmenté par de l’animosité envers la personne qui vous a fait du mal. Lorsque nous pardonnons à une personne, généralement avec le temps, nous constatons une diminution de nos émotions négatives envers cette personne. Toutefois, cela ne veut pas forcément dire que nous commençons à éprouver des sentiments positifs à son égard, bien que cela puisse arriver.            

Si nous souhaitons continuer à avoir une relation avec la personne qui nous a blessé, l’étape qui suit le pardon est la réconciliation. Bien sûr, il arrive que la réconciliation soit impossible, notamment lorsque l'autre personne n'est plus présente dans votre vie. Il se peut aussi que, bien que vous ayez pardonné à la personne, vous n’ayez pas envie de poursuivre une relation avec elle, ou que ce ne soit pas bon pour votre vie spirituelle ou votre équilibre émotionnel.   Cela ne veut pas dire que vous ne lui avez pas pardonné.           

Certes, pardonner est quelque chose de compliqué et comporte de nombreux aspects, mais il est évident que Jésus, à travers ses enseignements et son exemple, a insisté sur l'importance du pardon. Il nous a demandé, à nous qui sommes ses disciples, de pardonner et Il n’a assorti ce commandement d’aucune exception. Si nous voulons ressembler davantage à Jésus, nous sommes tenus de pardonner à ceux qui nous ont causé du tort— aussi difficile que cela puisse être, car Dieu a pardonné nos offenses envers Lui. « Tout comme Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi » (Colossiens 3.13). 

Première publication, septembre 2017. Adapté et republié le 2 février 2026. Traduit de l’original par Bruno Corticelli.Lu par Marcel Minéo.


[1] Points for this article were condensed from the book Forgive and Forget, by Lewis B. Smedes (New York: HarperOne, 1984).

[1] NDT : La Cabine d’essayage

Copyright © 2026 The Family International